Accrochez-vous ........ Etienne, l'interview !!!
Au début des années 90, les vélos de triathlon ont fortement marqué leur spécificité : cintre de folie, cadre super aéro, roues qui fendent l’air. Une petite période de surenchère technique … pour ne pas dire identitaire.
Puis vers la fin des années 90, avec la légalisation du drafting pour les élites, le vélo de triathlon est redevenu un vélo de cyclisme avec deux petits zizis en alu à l’horizontale.
Début des années 2000,
Cycle, mode, influence marketing … efficacité … quel est ton regard sur la question ? Etienne : J’ai le sentiment que consécutivement à l’avénement du drafting sur les courses olympiques et les coupes du monde, le triathlon s’est scindé et beaucoup de choses évoluent aujourd’hui en parallèle, avec des contacts de moins en moins fréquents. La conséquence est que les mentalités, les pratiques sportives dont les techniques d’entraînement et bien entendu le matériel, évoluent.
Dans ce cadre, le retour des vélos très typés n’est donc pas surprenant mais je note néanmoins que ces machines, aussi spécialisées qu’elles paraissent, restent beaucoup plus polyvalentes que celles du début des années 90, notamment les Quintana Roo carénés et autres machines fluorescentes )
Pour les roues, pas grand-chose de nouveau finalement depuis cette époque, les lenti-paraculaires restent de mise,
… et c’est bien là la limite de tout cet attirail spécialisé … le coût, exhorbitant et qui participe peut-être à cet élitisme croissant que tu évoques. Si tous ces matériels ont effectivement une influence positive pour certains, il est clair que les triathlètes sont aussi parfois les victimes du marketing à outrance, la « carbone » touch et tout le tintouin … et ce qui me surprend parfois, c’est le manque de recul de certains face aux arguments commerciaux des marques !!
Personnellement, j’ai fait mon choix, je monte mes vélos et mes roues moi-même … je ne suis pas forcément indépendant des modes et marques, mais cela me donne la possibilité d’élargir mon choix en fonction de mes besoins et de mes envies.

Le triathlon est un monde de passionné, peut-être parce qu’il suppose un niveau d’investissement. Mais il arrive parfois la passion s’éloigne de la raison desservant de fait sa cause initiale : tensions entre les athlètes et les organisateurs ou arbitres, investissement exclusif et prématuré de quelques jeunes, tensions entre athlètes et entourage familial, … comment reprendre du recul quand ça devient limite et cela peut-il s’encadrer ?
Etienne : Oui, le triathlon est un monde de passionnés … mais je ne crois pas que cela soit à l’origine de tensions … c’est plus un problème de responsabilités, de comportements individuels, et presque de société ! … je constate qu’il est très difficile de régler les problèmes en discutant, en négociant, parce que les gens sont très renfermés sur eux-mêmes ou sur leur groupe, alors qu’un minimum d’ouverture permet un maximum de réussite. Le triathlon n’est dans ce domaine pas si différent du monde professionnel, et cela me désole parfois !!
En ce qui concerne les jeunes et leur investissement prématuré, voire excessif, j’ai envie de dire que c’est l’une des caractéristiques de la jeunesse d’agir parfois de façon excessive … c’est aux parents, à l’encadrement de faire la part des choses, de contrôler mais cela suppose donc un grand sens des responsabilités, de l’autorité … pas facile, je crois. De surcroît, dans un monde voué à la performance, difficile de trouver sa place sans en faire plus, toujours plus … quitte finalement à se brûler les ailes avant d’avoir atteint un niveau convenable.
Avec des tarifs à la hausse des échéances d’inscriptions de plus en plus avancées – sans compter le coût d’organisation – le triathlon semble de plus en plus inaccessible. Même si l’effort reste le même, est-ce qu’il n’y aurait pas là l’amorce d’une tendance élitiste ? Etienne : Dans ce domaine, les USA ont beaucoup d’avance sur nous … malheureusement ! … car là-bas, la file d’attente pour les inscriptions démarre juste après l’arrivée !!
Est-ce une dérive élitiste ? … je dirais plus consumériste !! … le triathlon WTC est un produit, il y a beaucoup de demandes et une offre réduite donc des prix et des files d’attente qui augmentent, voilà tout ! Le salaire moyen du participant à un IM aux US est très élevé, si j’en crois les chiffres que j’ai pu lire … si cela se généralise, je ne prendrais jamais le départ d’un IM !!
Même si le coût de l’inscription est justifié, ce qui reste à discuter à mon avis, je ne me vois pas mettre 350 ou 400 € pour un dossard, j’ai quelques autres priorités et je pense que si le triathlon devient inaccessible, je ferai autre chose, genre Raid VTT, le tour de Mont Blanc et autres épreuves de barjots, du moment que c’est long et dur.
T’inquiète, Siri, il nous reste Embrun … pour l’instant )

Les boyaux, tu trouves pas que ça fait un peu « pépé » ? Etienne : Oui … et non !! … la roue à jante plate à 36 rayons avec le gros boyau d’entraînement, c’est effectivement un peu vieux jeu lorsque l’on considère que le pneu est devenu un produit très performant et qu’il offre dans ces conditions pas mal d’avantages sur le boyau, notamment le coût maîtrisé pour des performances optimisées. En revanche, pour avoir une roue légère, tout en restant rigide et éventuellement aérodynamique, alors le boyau est incontournable car le carbone et le pneu ne font pas bon ménage. Mais je dois avouer que ce petit côté un peu rétro du boyau n’est pas pour me déplaire … c’est assez « roots », finalement, et puis pourquoi se la cacher, je me rapproche de jour en jour du statut de « pépé » ! … ))))
Plus personnellement et maintenant que notre stratégie est établie, comment comptes-tu préparer le triathlon d’Embrun pour 2006 ? Etienne : Hum hum … c’est une nouvelle approche pour moi, ce triathlon d’Embrun parce qu’il y a là une composante jamais rencontrée jusqu’alors, l’incertitude !! … pas celle de prendre le départ, mais celle d’arriver !!
Jusque là, jusqu’au format MD, je savais dans mon for intérieur, que j’avais les distances dans les pattes et que le fait de les aligner ne serait finalement pas insurmontable à condition de gérer convenablement … alors que là, c’est la grande inconnue et je dois avouer que c’est un peu inquiétant.
Maintenant, il faut être clair : « qui ne tente rien n’a rien » alors avanti !!!
Pour l’instant, c’est la période de foncier et c’est un peu difficile de sortir en vélo par
Pour le programme d’entraînement, c’est simple … c’est le coach qui définit les séances. Enfin, pour la stratégie de course, c’est à fond à fond à fond … mais mollo … je crois que ça va être une très longue journée alors autant en profiter.